Chronique judiciaire – « Je me suis rendu aux policiers car je voulais être protégé de la rue »

Tribunal de Valence, novembre 2012.

Ce matin-là Christophe avait une envie pressante. Comme à son habitude, il se rend donc dans les toilettes de la mairie de Valence. Mais vu son état d’ébriété le personnel de l’accueil tente de l’éconduire. Le ton monte. Il menace alors de mort Alain Maurice, le maire, venu s’enquérir des raisons de ce raffut. « Vous lui avez crié dans le hall : « Je te retrouverai dans n’importe quelle rue de la ville et je te ferai la peau » » détaille la juge. La même journée, toujours en état d’ébriété, le quadragénaire menace d’un couteau Nadia, une SDF avec qui il s’est lié d’amitié.

Dans le box, visage bouffi et yeux rougis, Christophe écoute tête baissée. A la rue depuis 20 ans, il bourlingue d’hôpitaux psychiatriques en maisons d’arrêts. Selon le rapport d’expertise, il souffre de graves troubles psychologiques et d’une dépendance à l’alcool. Boudiné dans son survêtement, il s’arcboute sur le micro éteint : « J’allais aux toilettes de la mairie, parce que dans la rue c’est interdit. J’étais sous le coup de la colère, je ne serai jamais allé jusqu’au bout. Après je me suis rendu à la police, parce que voulais être protégé de la rue ».

« Il pourrait aller à la montagne… »

La substitut n’est pas convaincue : « Il a l’air inoffensif comme ça, mais il a quand même déjà été condamné 4 fois pour violence aggravée. Il est corpulent et il peut être violent quand il boit. Je suis très inquiète ». Dans un éclair de bienveillance, elle suggère : « Je vois dans son dossier qu’il a fait son service militaire avec les chasseurs alpins, il pourrait aller à la montagne… La prison n’est certainement pas la solution. Il faudrait peut-être établir un projet sérieux avec les services sociaux de la maison d’arrêt ». Puis, elle demande 18 mois ferme assorti de 6 mois de sursis avec obligation de soin et de formation. Alain Maurice et la mairie, absents à l’audience, requièrent chacun 500 € de dommages et intérêts pour préjudice moral.

Démesuré aux yeux de la défense. Christophe ne touche que quelques centaines d’euros par mois de l’allocation pour adulte handicapé. Son avocate plaide plutôt « pour une cure de désintoxication. Jusqu’à aujourd’hui il n’a trouvé aucune structure adaptée. La prison n’a rien réglé. La seule chose que permettraient ces 18 mois, c’est de passer l’hiver au chaud ».

Il passera donc 8 mois ferme « au chaud » avec 4 mois de sursis. Le maire et la mairie, quant à eux, recevront 300 € de dommages et intérêts chacun.

Delphine TAYAC

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