Grèce, le système D comme dette

La Grèce en est à son septième plan de rigueur. Devant une économie exsangue où flotte un air de banqueroute, le système D se développe.

« May we build a new, better world from the ruins of the old one. Cheers! » source : SpirosK photography

325 millions d’euros d’économies supplémentaires. C’est ce que les institutions financières internationales attendent de la Grèce afin de débloquer 130 milliards d’euros de prêts et effacer une partie de sa dette. Ces économies, le gouvernement prévoit de les faire en augmentant les impôts, en gelant les pensions de retraites et en baissant les salaires. Depuis 2010, le pays en est à son septième plan de rigueur. La TVA a déjà été portée à 23 %, le prix de l’essence frise les 2 euros quand le salaire minimum devrait atteindre 586 euros brut sur 14 mois… Voilà pour le tableau noir.

Dans ces conditions, ceux qui le peuvent quittent le pays. D’autres manifestent leur colère sur la place Syntagma. Certains n’ont d’autre choix que de compter sur un mince filet de sécurité solidaire constitué par des œuvres caritatives. Enfin, nombreux sont ceux qui rivalisent d’ingéniosité pour s’en sortir, trouver de quoi manger, se déplacer, s’équiper à moindre frais.

« L’Etat providence n’existe plus »

Les ONG sont en première ligne de cette tendance. L’association internationale Médecin du Monde (MDM) implantée à Athènes voit, depuis un an, affluer des familles, des retraités, des chômeurs. Depuis novembre, pour la première fois de son histoire, l’ONG distribue de l’aide alimentaire à près de 800 familles. « Le taux de chômage dépasse 20 %, et les chômeurs n’ont pas droit à l’assurance maladie. L’Etat-providence n’existe plus. Alors, les gens viennent chez nous quand ils ne peuvent pas débourser les 5 euros d’une consultation à l’hôpital. On nous amène même des ­enfants à vacciner. » témoigne Nikitas Kanakis, médecin de l’ONG.

Les soupes populaires, jusque là réservées à une minorité, voient leur fréquentation augmenter. Comme dans ce centre de la Fondation Sitisis, à Athènes, où l’affluence a progressé de 26 % entre 2010 et 2011. Les grecs les plus vulnérables viennent y chercher nourriture et hébergement.

D’autres habitants font parler leur imagination. De plus en plus de ferrailleurs font leur apparition. Comme Dimitri, 40 ans, qui récupère des objets trouvés dans la rue.  Dans le garage de son immeuble, devenu un atelier, il en extrait des matériaux, essentiellement du fer et du cuivre « J’en retire 300-400 euros par mois et surtout, je peux avoir de l’argent de poche ».

Plus radicaux encore ceux qui essaient tout simplement de se passer d’argent. Un portail d’échange en ligne gratuit, appelé Xariseto, a vu le jour. Il s’agit d’une sorte d’Ebay gratuit où s’échangent des vêtements, des télés, des livres, de l’électroménager… Un système de troc particulièrement développé à Tessalonique où un magasin gratuit prend le relais du site Internet. Il permet à des personnes en difficulté, comme Meri, mère de famille récemment licenciée, d’échanger les vêtements trop petits de ses enfants contre des moyens d ‘équipement sans débourser un euro.

Le fondateur de ces bourses d’échanges, Makis Prodomou se prend presque à rêver de la disparition de l’euro : « Je souhaiterais qu’on lui puisse couvrir ainsi 99% de nos besoins ».

« Ca nous aide à payer la fac pour notre fille »

Et quand la vie en ville se fait trop dure, certains décident tout bonnement de revenir à la campagne. Ironie du sort, les Grecs, qui avaient massivement quitté les zones rurales dans les années 1960, en retrouvent aujourd’hui les vertus. En quête d’autosuffisance alimentaire, ouvriers, architectes ou retraités, redécouvrent l’agriculture avec un lopin de terre.

Entre 2008 et 2009 déjà, 38 000 Grecs ont décidé, d’une manière ou d’une autre, de se consacrer à la production agricole et de changer de mode de vie. C’est le cas de Manolis, retraité depuis 2009. Il a vu sa pension drastiquement diminuer avec les plans de rigueur. Habitant près de Sparte, dans le Péloponnèse, il a donc décidé de s’occuper des olives et des oranges qui poussent sur les terres familiales. « L’activité ne rapporte pas des masses, dit-il. Mais, au moins, ça nous aide à payer la fac pour notre fille »4

Mais pour Noëlle Burgi, chercheuse au centre européen de sociologie, tout ceci est très fragile. Qu’il s’agisse d’actions caritatives ou d’initiatives solidaires, cette économie parallèle n’est pas à la hauteur de l’enjeu. « La Grèce n’a pas eu le temps, ni les moyens de développer un système de protection sociale abouti, et les filets existants se déchirent. » Si bien que le pays « n’est pas préparé à affronter les conséquences sociales et sanitaires de l’austérité ».5

L’attitude des Grecs, que l’on présente volontiers comme peu enclin à payer des impôts et en partie responsable de leur dérive, a fait couler beaucoup d’encre chez leurs voisins européens. Mais parfois nécessité fait loi…

Delphine Tayac

Sources : Arte, Presseurop, Euronews, Courrier International, le Monde Diplomatique.

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