Sois battu et tais-toi

Près de 10 % des violences conjugales sont exercées envers des hommes. Mais ces derniers peinent à trouver une oreille attentive dans la société.

« La première grosse gifle est arrivée au bout d’un an… Elle me battait régulièrement, en moyenne une fois par mois, voire plus. Elle m’insultait devant les enfants, elle me frappait devant sa fille ». Ce témoignage est celui d’un papa de 38 ans sur le forum de l’association « SOS hommes battus ». Un témoignage parmi de nombreux autres. 8 à 10 % des violences conjugales concernent des hommes relève l’Observatoire national de la délinquance en 2007. Mais sur le terrain cette réalité statistique ne trouve pas de réponse adaptée.

Les structures dédiées aux violences conjugales ne sont pas rares. Au niveau national, le numéro vert « 39 19 » est censé apporter des réponses aux victimes. Mais lorsqu’il s’agit de savoir concrètement quelle prise en charge est prévue pour les hommes il est très difficile d’en savoir plus.

« Je ne suis pas étonné qu’ils ne communiquent pas. Ils n’ont tout simplement pas le savoir-faire pour les hommes » explique Fabrice Mejias, président de l’association SOS Papa, dédiée à la défense des droits des pères de famille. « Nous recevons des témoignages de papa ayant subit des violences physiques même si ce n’est pas notre objet principal. En fait, les pressions qu’exercent les femmes sont davantage psychologiques. Il n’est pas rare qu’elles privent le papa de ses enfants ou utilisent cela comme un moyen de chantage. On estime ainsi qu’1,3 millions de pères sont séparés de leurs enfants ».

Pour les aider l’association les met en contact avec des avocats ou les renvoie vers « SOS Hommes battus », une autre association fondée Sylvianne Spitzer, psychiatre. Mais là encore, mieux vaut ne pas être dans l’urgence. Les permanences sont assurées uniquement le matin, les consultations juridiques ont été suspendues pour l’instant et reprendront à partir de juin 2012 et la boîte de messagerie de l’association est saturée…

Le symptôme d’un manque criant de moyen tonne Fabrice Mejias : « Les associations dédiées aux hommes ne reçoivent aucune subvention de la part de l’Etat à la différence des associations féministes ». En 1991 la Cour des comptes relève effectivement que « l’éventail des subventions consenties en faveur des droits des femmes est fort éclectique et […] que trop souvent la seule justification de l’octroi d’une aide était la mise en avant du mot « femme », efficace sésame pour l’obtention de crédits ». « Si la critique est rude, force est de constater qu’elle n’a guère perdu de sa pertinence » renchérit Adrien Gouteyron dans un rapport adressé au Sénat en 2002.

Daniel Welzer-Lang, sociologue spécialisé dans l’identité masculine, le confirme : «  J’ai monté un centre d’accueil pour hommes à Lyon entre 1987 et 1993. Le projet n’a reçu aucune subvention. Le ministère de la Santé ne veut pas travailler sur cette question avec des spécialistes. C’est à l’image de la vision de l’Etat sur les rapports hommes femmes. Il a une conception très réactionnaire et viriliste. Il pose les femmes en victime par essence et empêche les hommes d’être reconnus comme tels ».

« Personne ne croit un homme battu »

Pourtant, le droit pénal ne fait aucune différence entre les deux sexes lorsqu’il s’agit de violence conjugale. Au commissariat du XIVe arrondissement de Paris, par exemple, on assure que tous recevront le même accueil s’ils désirent porter plainte.

« Le droit pénal ne fait aucune distinction. Mais dans les cas de violences envers un homme, aucun de mes clients n’a gagné » note maître Apelbaum, avocat spécialisé dans les violences conjugales. Dans son cabinet, il reçoit une à deux demandes par an d’homme battu, et finalement les blocages sont moins juridiques que sociétaux : « Systématiquement, on s’est retrouvé face à un renversement de la situation. Lors d’une bagarre au domicile, le conjoint va tenter de calmer sa femme en la retenant par les avant-bras. En forçant, il va laisser des marques. Sa conjointe n’a plus qu’à montrer les marques et le juge la croit, car personne ne croit un homme battu ».

La solution passerait-elle par une ouverture aux hommes des structures dédiées aux violences faites aux femmes ? Rien n’est moins sûr. La violence envers les hommes a ceci de spécifique que « Leur identité masculine est niée, explique Sophie Torrent, travailleuse sociale et auteur de ‘’l’Homme battu, un tabou au coeur du tabou’’. Une femme sera soutenue, on la plaindra. Mais l’homme, lui, n’est plus un homme ».

Delphine TAYAC

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