CHRONIQUE JUDICIAIRE – « Si je vais en prison, je…  » – « Oui, vous perdez votre CDI »

Chronique de comparutions immédiates au tribunal de Bobigny.

« Si j’ai touché le policier, c’est involontairement. Et si c’est le cas je présente mes excuses » souffle à voix basse un homme de 41 ans présenté en comparution immédiate pour violence envers un policier. Ce père de 3 enfants, agent de maintenance dans l’électro-technique et au casier judiciaire vierge clame son innocence avec fébrilité. Il n’a pas d’avocat. Les commis d’office qui ont cessé la grève n’ont pas encore repris le travail.

L’attitude de la juge n’est pas de nature à le rassurer. Elle se trompe sur son adresse, il rectifie. Elle évoque l’inquiétude de sa concubine. Il s’agit de son épouse. « Oui bon votre épouse, enfin peu importe ». D’un ton sec et en mangeant les mots, elle détaille la déposition du policier. Hier, au moment où il verbalisait le prévenu qui s’était garé sur une place réservée aux handicapés, l’automobiliste aurait tenté de prendre la fuite et l’aurait percuté à la jambe avec l’avant de sa voiture.

Le prévenu opine du chef. Il admet les faits qui lui sont reprochés sont exacts mais nuance. « Je n’ai pas blessé l’agent de police. Je l’ai pas vu passer devant la voiture et je crois pas l’avoir touché. Si c’était le cas, il aurait des blessures » martèle-t-il. Le policier n’a eu aucun jour d’interruption totale de travail (ITT). Il s’est néanmoins constitué partie civile. Il réclame 1000 € de dommages et intérêts et 500 € d’amende pour le préjudice subit. Le prévenu « a commis un acte de violence qui doit être réparé. Mon client est encore sous le choc » argumente l’avocate de la parti civile.

Le parquet réclame 3 mois d’emprisonnement avec sursis au motif de violence volontaire. Policier « touché », « percuté », « renversé », au fil de l’audience les adjectifs changent. A l’écoute du réquisitoire du substitut du procureur, le prévenu se décompose. La juge lui donne la parole. Il étouffe un sanglot : « Si je vais en prison, je… « , « Oui vous perdez votre CDI » coupe-t-elle, impassible.

Après une longue attente, le tribunal prononce la relaxe. Le père de famille soulagé, remercie la juge. L’affaire lui a tout de même valu la bagatelle d’une journée en prison…

Delphine Tayac

Juin 2011

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